Histoire de notre Commune

HISTOIRE de la PREVOTE

A l’occasion de la Journée du Patrimoine du 18 Septembre 2010, la Commune a organisé comme les années précédentes, une visite guidée de la Prévôté et de la mare prairiale.
Martine SEVIN, Directrice Générale des Services a continué ses recherches de documents anciens entamées en 2006 aux Archives Départementales, pour compléter et améliorer son exposé, et conduire la visite de cet ensemble architectural remarquable. Le compte-rendu qui suit reprend la trame simplifiée de l’exposé développé par Martine SEVIN lors de cette journée.


Blason de Labeuvrière :  Hermine à deux flèches d’azur mises en sautoir, les pointes à dextre.
L’hermine est le champ des armoiries de l’Abbé Jean Sarrazin qui dirigea pendant quelques temps
le Prieuré de Ste Christine, sis à Labeuvrière. Cette sainte est traditionnellement représentée portant
sur le dos deux flèches placées en sautoir.

PRESENTATION  du VILLAGE

LABEUVRIERE, commune de 1679 habitants au dernier recensement, est située à 6kms de Béthune, au bord de la rivière La Clarence, dans un secteur de transition entre le Bas Pays et les premières ondulations des collines d’Artois. Le bourg a conservé son caractère essentiellement rural, malgré la présence en périphérie de plusieurs entreprises industrielles importantes, et le centre s’est développé autour de l’ensemble architectural exceptionnel de la Prévôté, inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

L’origine du nom Labeuvrière, dont les différentes formes ont évolué de Beverira en 1152, Bevrera en 1165, Bevraria en 1175, La Bevriere en 1207, à Labeuvrière en 1223, recèlent toutes le mot « beuverie » de nos ancêtres, et l’expression usuelle l’abreuvoir, qui n’avait pas le même sens au moyen âge qu’aujourd’hui : il signifiait la tranchée pratiquée à la rive d’un cours d’eau pour amener l’eau dans les prairies. Cela atteste déja de la présence d’eau en abondance.

L’HISTOIRE DE LA PRÉVÔTE

En 1097, au retour d’un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, Robert Comte de Flandre aurait fondé une maison religieuse dédiée à Sainte Christine, dont des reliques avaient été apportées fort anciennement à Labeuvrière – peut-être au Véme siécle – pour les protéger des profanations des hordes barbares, alors qu’une partie des restes de la sainte est conservée en Italie où elle est l’objet d’une profonde vénération.

On peut penser que la fondation de Labeuvrière remonte encore plus haut dans le temps, l’ancienneté du peuplement de ce secteur étant attestée par un site archéologique proche du Bois des Dames, entre Labeuvrière et Gosnay, où ont été trouvés des fours de potiers gaulois.

Il est dit que les fondateurs du prieuré de Ste Christine, confièrent la direction de la maison religieuse à trois moines de l’abbaye de Charroux, appartenant à l’ordre de Saint Benoit, qu’ils avaient ramené de leur étape dans cette abbaye, les chargeant de desservir l’église, et fonder un Prieuré restant propriété de l’abbaye poitevine. Pour les faire vivre, ils leur confièrent des terres, avec l’exercice de tous les droits féodaux et les droits de haute, moyenne et basse justice.

Des précisions sur l’abbaye de Charroux en Poitou, dont il ne reste que quelques ruines aujourd’hui. Cette maison était très puissante, elle possédait de vastes domaines (jusqu’à 213 au temps de la splendeur), notamment en Flandre, et jusqu’en Angleterre. Cette abbaye bénédictines était un lieu de pélerinage et d’étapes des gens du nord sur la route de Saint Jacques de Compostelle, et l’appel lointain à des hommes aussi étrangers à l’Artois, s’explique par acceuil reçu par nos pélerins à Charroux, où régnait l’ordre et la discipline, ce qui les incita à vouloir faire de même.

Le prieuré vivote dans un contexte mouvementé, avec les rivalités continuelles entre la France et l’Espagne, les guerres de religion. Les trêves et arbitrages des instances religieuse continuent jusqu’en 1583, quand le prieur de Labeuvrière déclare que son prieuré en ruine, et qu’il est avantageux pour Charroux, son propriétaire trop éloigné, de se décharger de son administration au profit de l’abbaye de Saint Vaast d’Arras, dirigée par Jean Sarrazin. Un accord par devant notaire est signé le 3 novembre 1583 avec un engagement de payer 600 écus d’or à l’abbé de Charroux pour le transport à l’abbaye Saint Vaast du droit de patronage sur Labeuvrière. Après négociations, la cession est conclue en juin 1586.

A partir de cette réunion avec une communauté puissante et généreuse, Labeuvrière voit changer ses destinées. Elevée au rang de Prévôté, l’ancienne dépendance de Charroux a désormais à sa tête, des hommes éminents et dévoués : Jean Sarrazin nomme Philippe de Caverel comme premier administrateur en 1587, et il suffit de trois années de résidence à ce personnage grand bâtisseur pour construire le mur, reconstruire de fond en comble l’habitation en 1589, préserver la tour romane et réparer la nef de l’église.

Autre péripétie locale en 1596, la peste fait de grands ravages, on rapporte qu’un religieux qui résidait à Labeuvrière soigna les malades avec tant de zèle qu’il succomba, victime de sa charité, et la même année, le fléau de la guerre vient s’ajouter à l’épidémie, avec l’irruption des troupes française dans l’Artois, alors province des Pays Bas espagnols : les habitants de Labeuvriére sont contraints de chercher asile derrière les murs de Béthune.

En 1732 a lieu la transaction entre l’abbaye de Saint Vaast et les habitants de Labeuvrière, permettant au curé de célébrer l’office paroissial en la nef de l’église de la Prévôté « à raison que l’Eglise saint Pierre est tombée en ruines passées plusieurs années ».

L’église est aujourd’hui dédiée à Saint Pierre, depuis qu’a été érigée la paroisse de Labeuvrière par ordonnance du roi Louis Philippe en 1840.

Pour information,
La maison de Labeuvrière entretenait quatre religieux, prévôt compris et rapportait 4000 livres de revenus, elle étai l’une des quatre prévôtés dites régulières de l’abbaye de Saint Vaast,
On y chantait à cinq heures et demie, les matines suivies de la médiation, à dix heures et demie la grand messe, entre deux et trois heures, vêpres et complies.

L’ensemble architectural de la Prévôté : les bâtiments

La restauration des bâtiments a débuté en 1991 à l’église, et elle est loin d’être terminée, mais elle a été menée avec la volonté de redonner un aspect plus conforme aux constructions d’origine aux parties réhabilitées : l’église de 1991 à 1994, toujours en 1994, la façade de la Prévôté, et la démolition de l’apprentis disgracieux qui cachait le mur de l’église, le mur d’enceinte entre 1996 à 2000, faisant la jonction avec le chœur de l’église, et le pignon sud en 2004.
Depuis septembre 2010, un programme de première mise en sécurité et consolidation des toitures et charpentes de la charrerie écurie et de la grange de la ferme a démarré, et il est très largement subventionné.

Le mur, d’enceinte
C’est lui qui porte la date la plus ancienne : 1588, visible de la place Verte, car il importait de marquer la prise de possession par la réalisation de cette clôture, et il était de coutume de dater la construction.
Le mur, en briques consistait à l’origine en un quadrilatère presque complet et fermé, il en subsiste trois côtés, et trois tourelles en poivrière, c’est-à-dire surmontées de toit conique. Ce mur présentait plus un caractère de clôture forte que de mur d’enceinte réellement défensif, sans chemin de ronde, et avec seulement des tourelles pour surveiller les alentours. Les créneaux, qui n’avaient pas de véritable rôle militaire, affirmaient simplement le droit seigneurial des occupants.

Sur la face intérieure, à hauteur constante de cinq pieds, soit 1.6 mètres en dessous du couronnement, on relève des crochets rond en fer forgé anciens, soigneusement scellés dans les joints sans mortier visible : ils peuvent avoir supporté une lisse en bois. Les documents anciens sur les jardins du Moyen âge et de la Renaissance permettent de supposer que ces crochets servaient de support à une pergola où se développaient des plantes grimpantes.

On peut remarquer les dessins, cœurs, crosses abbatiales, croix, sablier, ainsi que la date 1588, visible sur la face sud, côte place Verte réalisés en briques en boutisses, (brique dont la longueur se trouve dans l’épaisseur du mur, et dont un des bouts est en parement), colorées par sur-cuisson avec un aspect partiellement vernissé : ces briques différentes ont été laissées en place lors de la restauration du mur.

A l’occasion de la restauration, le sol a été remis dans sa forme initiale, avec un glacis faisant réapparaître deux assises de grès supplémentaires, sauf sur la face extérieure, côté place de l’église et en face du presbytère.

Le logis,
Il est daté de 1589, soit un an après le mur.
Il est construit en briques et pierres, et il possédait à l’origine au rez de chaussée, deux portes, et sept fenêtres rectangulaires, et à l’étage huit fenêtres ornées de frontons. La moitié de ces baies est simple et coupée par une traverse horizontale, l’autre moitié double, a des meneaux (montants ou traverses de pierre qui divisaient la baie des anciennes fenêtres) croisés en pierre.

La façade occidentale restaurée e, 1994, comporte les fenêtres dans leur aspect d’origine, l’entrée principale est surmontée des armoiries de Jean Sarrazin, avec mitre et crosse, et le millésime de 1589 est bien visible.

Le bâtiment est, non restauré qui se dresse en équerre dans le jardin, est daté de 1700, il fut construit par Robert de Haynin, avec des baies ouvrant à la française, il abritait la sacristie de l’église et de l’escalier d’accès au clocher.

La réhabilitation du pignon sud a été effectuée en 2004, aprés démolition en 2003 d’un bâtiment inesthétique, et n’a laissé apparaître que 4 fenêtres, qui ont été restaurées avec la peinture à fresque en fond de tableau, alors que les indication de l’album de Croÿ montraient plus d’ouvertures, mais il faut tenir compte de l’appréciation du peintre qui se faisait à partir  d’un croquis réalisé sur place par un autre dessinateur, souvent plusieurs années auparavant. Il semble aussi que des remaniements subis au fil du temps par ce pignon, on fait disparaître la tourelle visible sur le dessin des albums de Croÿ, à l’angle sud est, mais sa trace ayant été retrouvée au moment des derniers travaux, elle est symbolisée par un joint de couleur différente, plus claire.

L’Eglise
L’église a été édifiée en plusieurs phrases successives. Elle présente la forme d’une croix latine, avec une nef, un chœur, un transept et deux croisillons, dont un celui du nord a été démoli, à cet emplacement l’arc mis à nu sert de portail à l’édifice.

La vieille nef unique et rectangulaire présente des maçonneries de moellons grossièrement assemblés et des traces de baies en plein cintre retrouvées lors de la restauration récente : le mur sud et le rez de chaussée de la tour pourraient être des restes de l’église primitive du XIéme siécle.

Le clocher,
qui se signale de très loin, est typiquement roman par son décor de bâtons brisés et de baies rondes ornées de motifs végétaux en pyramide.

La toiture en bâtière, soit à deux versant inclinés, et posée entre 2 murs pignons, était encadrée de pas de moineaux (d’après les albums de Croÿ), qui ont été remplacés par des rampants à couverture demi ronde, probablement au dix huitième siècle.
A sa base, on remarque une sculpture figurant un pigeon mâle gonflant son jabot et de curieuses petites têtes à la base des pinacles.

Au fond de la nef, une porte ogivale en grés piqué dans un style hérité de la Renaissance, est surmontée des armoiries de Jean Sarrazin, abbé de Saint-Vaast, timbrée d’une mitre avec la crosse en pal, elle est datée de 1590.

A l’intérieur de l’Eglise :
Le transept sud possède une belle croisée d’ogives typiques du 13éme siécle, début de l’époque gothique.

Le choeur actuel, bâti en briques et calcaire blanc au début du XVIIIéme (daté 1700), oeuvre tardive de la Renaissance flamande, a remplacé la vieille abside du XIIème siècle.

Des éléments de décor, ou de culte, remarquables
En face de l’entrée, la statue de Sainte Christine, percée de flèches, datée entre la fin du XVéme et le début XVIéme siècle, couverte peinture récente…
En avançant dans le choeur,
Le monument funèbre de Georges de Beaulaincourt, adossé contre la paroi sud du croisillon. Ce monument, trouvé en fouillant le terrain en contrebas où s’élevait l’église paroissiale, consiste en une dalle de pierre bleue de Tournay, de 2 mètres de longueur, ornée de deux figures en pied et de quartiers généalogiques, le tout sculpté en bas relief.
Le personnage de droite représente un chevalier étendu, les mains jointes, complètement armé et revêtu d’une cotte au blason des Beaulaincourt. A gauche, dans une attitude identique à celle de son mari, Héléne de Mons est surmontée d’un écusson en losange, partie de Beaulaincourt et de Mons, et ceint d’une couronne de lauriers.
Pour la petite histoire,
La date en blanc sur l’épitaphe de Georges remarié plus tard, porte à croire que le veuf consolé n’a pas jugé bienséant d’aller reposer auprès de celle qu’il avait remplacé.

Tout le mobilier du choeur est ancien, l’autel de la 2éme moitié du 19éme siècle, pourrait être une oeuvre du sculpteur beuvrygeois Léopold Lefebvre, et on peut voir Saint Pierre avec les clefs du royaume à gauche, et à Saint Jean à droite.

Le confessionnal déplacé au fond de la nef est très travaillé,

Autres objets importants, des statues qui relèvent de l’art baroque Saint Roch, Saint Nicolas du XVIéme siècle, Saint Benoit, Sainte Scolastique, Saint Vaast et Saint Basile qui seraient datées de 1730 environ.

LA MARE PRAIRIALE

L’opération Restauration de la mare et plantation d’un verger conservatoire, a été proposée par ARTOIS COMM, qui a préparé le dossier technique, et la Commune a réalisé les travaux entre fin 2006 et février 2008.
Les mares prairiales se raréfient du fait l’abandon généralisé  de leur entretien depuis une cinquantaine d’années, et celle-ci était envasée, un curage a été nécessaire pour éviter son comblement et un assèchement définitif. Ce milieu écologiquement très riche et servant de refuge à une faune et une flore diversifiée doit être préservé.
La mare est située dans une parcelle de terre végétale sur une épaisseur moyenne de 30 cm, puis des limons argileux avec granules de craie noire, voire à certains endroits silex sur une profondeur supérieure à un mètre.
Le curage a été effectué à l’automne 2006, période la moins défavorables à l’écosystème, sur les 2/3 de la surface, pour préserver une partie des insectes, mollusques et micro-organismes, tout comme les graines de plantes enfouies qui ne sont pas tous extraits du milieu. Les boues ont été régalées sur la parcelle, où aucune intervention n’a été effectuée pendant un an, afin qu’elles puissent se stabiliser.
Un entretien et un éclaircissement de la végétation existante a été réalisé par le personnel technique , en liaison avec les écogardes d’Artois Comm, et un verger conservatoire d’arbres fruitiers traditionnels locaux a été planté en février 2008, ceci dans le but de participer à la préservation et au développement des anciennes variétés fruitières, parmi lesquelles des pommiers, poiriers, cerisiers et pruniers.
Ce programme s’inscrit pleinement dans la démarche trame verte du territoire, par la création d’une zone tampon écologiquement très intéressante entre les 2 principaux massifs boisés du secteur.